IRM 5 et 6

J’ai demandé à un ami hier s’il était plutôt rond ou carré dans sa tête. Il m’a répondu carré.  »tu sais, je préfère les trucs bien rangés, bien ordonnés m’a t’il répondu ». Un tiroir pour chaque chose et le tout bien classé dans l’armoire de ma vie. Pffffffffff il m’a fait rire. Est-ce que le carré est une notion réelle ? Les angles droits n’existent pas dans la nature. La vie est une courbe. Un cercle. Une sphère. Un rond concentrique. Un disque. Juste un peu rayé.

Les mois et heures des rendez-vous IRM ont finis par devenir récurrents. J’apprécie la régularité que m’impose ma jolie concubine. Uniquement celle là.

Les piqûres du matin, le cachet du soir, la médullaire de décembre et la cérébrale de janvier. Ces obligations tournent ensemble dans une ronde immuable et perpétuelle. Constante et rassurante.

Me laissant à loisir d’exalter tout les temps restants autour. Vivre quoi. Sortir, respirer, nager, regarder, comment passer à côté de la réalité ?

La réalité d’une vie faite de courbes, avec ses hauts et ses bas. Ses envies et ses frustrations. Ses victoires et ses défaites. Mais il faut continuer à se battre. Non plus pour guérir puisque l’on sait que la SEP est incurable. Mais pour vivre. Pleinement. Follement. Inexorablement.

Pouvoir se regarder dans le miroir le matin et être heureux d’être arrivé jusque là. Bancale ou pas. Mieux vaut bancale et cabossé d’ailleurs que rigide et frustré. N’est-ce pas la plus belle représentativité de l’expérience !?

Mon ami m’a répondu en plus que les habitudes étaient rassurantes. Se laisser porter. Du coup il a laissé trainer un grain de beauté infecté sur le nez qui s’est avéré être métastasé. Et on lui annonce une tumeur. Je l’ai engueulé d’avoir laissé trainer.

Cependant pour le réconforter, je lui ai rétorqué que la maladie, elle, était rassurante finalement. Elle t’impose d’être assidu dans la prise de médicaments et le suivi médical. Faire attention à toi. En dehors de ces impératifs, le souffle de la vie t’extirpe des contraintes. Paradoxalement, les habitudes deviennent contraignantes.

Comment peut on avoir envie de faire chaque jour là même chose au même moment ? Dans les mêmes conditions et dans le même environnement. Non. C’est impossible, parce que l’être humain est un être changeant. Nous naissons, nous grandissons, nous évoluons, nous changeons, nous vieillissons, mais nous finissons par voler. Choisir et décider.

Comment pourrait-on rester le même à chacune des étapes de notre vie. Non plus. Ma jolie concubine m’a appris ça. Le lâcher prise. Une moitié de vie rangée, l’autre moitié libérée.

Alors j’ai tergiversé longtemps pour tenter de lui prouver que la vie était un cercle. Nous revenons toujours au point de départ. Et notre liberté commence la.

Lorsque l’on aura vieilli, nous commencerons à nous voûter. Nous perdrons nos dents et verrons moins bien. Puis nous mourrons. Alors apprenons à profiter de la lumière vive entre ces deux laps de temps.

C’est ce que m’a enseigné l’IRM. Tu es pressé d’effectuer cet examen parce que tu sais qu’après ces longues minutes d’enfermement, le soleil t’attendra dehors. Il brillera de mille feux. Et même s’il est caché, tu verras qu’il ne rayonnonera que pour toi.

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