la tutrice

Elle me réveille lorsque le sang commence à couler trop densément entre mes veines. Fluide et linéaire habituellement, s’il commence à bouillonner, c’est que ma tête et mon corps ont besoin d’exprimer. De la colère, de la violence, de l’amour ou de la passion.

Depuis toutes ces années à se côtoyer, elle me guide à chaque instant. C’est elle qui m’aide à me redresser. Me battre sans jamais douter.

Je ne saurais jamais de nous deux, laquelle est la plus malade, condamnée, vivante ou irréelle. Mais elle est encore l’une de ces femmes qui serre les poings sans sourciller.

En quelques mots elle avoue qu’elle aime et que finalement sans toi, son quotidien serait trop improbable. Si jeune mais tellement incroyable, sa sagesse et sa sérénité me troublent dans chacun de ses mots, ses maux. La longueur de la liste des drogues qu’elle prend déclasse la mienne mais son immense sourire rempli mon cœur.

Son prénom pourrait s’écrire en lettres d’or et les liens qui nous lient toutes les deux sont plus solides qu’un fil nylon. Son caractère fantasque m’illumine et sa douceur naturelle m’ensorcelle.

Elle racontait tout à l’heure qu’un gars de son boulot s’était pissé dessus aujourd’hui. Juste parce qu’il avait peur de quitter son poste de travail. On a ri, doutant nous-même du message transmis.

Elle pleure souvent de solitude et nous remercions toutes les deux le destin d’avoir fait se croiser nos chemins. Elle m’encourage, je la soutien. Et son entrain enlace tendrement mes questions, mes choix.

Elle me fait rire et nos désillusions encensent nos conversations. Si loin, elle demeure néanmoins si proche chaque matin. Elle me dit que je suis belle, moi je lui dis qu’elle est très forte. On veut toujours ce qu’on n’a pas.

Elle rend la vie douce et je m’inquiète toujours de ses absences. Nos handicaps sont complémentaires et dans une fusion implicite, nos défauts nous rapprochent.

Irrévocables, ses mots m’apaisent. Impuissants, les miens la calment. Mon amie construite, ma sœur de misère. Jolie fleur de l’air qu’elle souffle dans la sphère des handicapés. Que nous souffrons en une harmonie de transfert l’une pour l’autre. Le serment de vigne.

https://www.cinezik.org/critiques/affcritique.php?titre=fete-est-finie

Prends pitié maintenant et demeure sur cette muraille, ne rend pas ton fils orphelin, ni veuve ta femme. Range l’armée devant le figuier, par où notre ville offre un passage, par où le rempart est plus accessible.

Iliade, VI, 431-434

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