où sont les fleurs ?

Il n’aura fallu que trois jours pour renverser le processus de guérison commencé il y a de cela quelques mois. Je le savais pourtant. Qu’est ce qui nous pousse à agir contre notre volonté ?

La compassion, la pitié, l’amour, la fidélité, l’honneur, la bienveillance ? L’ensemble et chacune de ces valeurs à la fois.

Avec une étonnante synchronisation, une multitude de sentiments contradictoires se confondent aujourd’hui à la veille de partir.

Les personnes âgées ont eu la fâcheuse tendance à ressasser des souvenirs d’un passé révolu. Décontenancés, désabusés, dépassés, ils ont perdus au fur et à mesure des années, la majeure partie des couleurs de l’arc en ciel de leur vie.

Aigris et isolés, leur quotidien semble immensément lourd à porter. Je suis submergée. Purée, même nager n’a pas réussi à m’alléger l’esprit. De l’air !

J’ai envie de vomir.

Les maisons ont poussées comme des champignons. La moindre parcelle d’espace vert est désormais bétonnée. Plus de jardin, encore moins d’arbres. L’entrée de la forêt au coin de ma rue est souillée. Et l’ONF a complètement et outrageusement réglementé la circulation. Des dizaines de voitures autour du chêne ancestral. Le centre aéré où l’on faisait des châsses à l’homme, rasé. Un supermarché à la place de la piscine. Un complexe aquatique à la place du stade de foot, un Mac do à la place de l’ébénisterie d’antan. Pffffffffff.

Autour de la maison de notre enfance, 5, 10, 15 autres maisons sont nées dans une espèce de modernité violente et déplacée. Encerclées, cachées par des barrières en aluminium ou fer forgé dernier cri. Mon cœur s’est pincé.

Est ici condensée, la parfaite représentativité des facteurs déclanchants de ma SEP. Trop de tout. Trop de racisme, trop de déchets, trop d’agitation, trop de voitures, trop de stress, trop d’urgence, trop de démonstrations, trop d’ignorance, trop d’impolitesse, trop de tout ce que j’ai toujours détesté.

Seule la chienne reste égale à elle même. Seule la fatigue engendrée par les années a réussi à la ralentir. Ma belle.

Ai-je autant changé moi aussi ? Cela me laisse perplexe. Mais me revoilà avec une jambe boitant et un bras insensible. Largement détachée cependant, ici n’est pas chez-moi. Cette maison n’est plus la mienne.

Plus de vie, plus de rire, plus de cris, plus de musique, uniquement bercé au rythme de la prise de médicaments. Précautionneusement posés entre le tensiomètre et les numéros d’urgence. Tout est déjà rangé dans les tiroirs prêt à partir pour l’ailleurs. Oppressant.

Cela me rappelle la fois où j’étais retournée au pont du Gard 30 ans après. Idem. La nausée s’était installée. Des heures à taper les percussions sur le bord de la rivière ne restait qu’un parking rempli de bus et des barrières pour canaliser le flux de touristes.

Je veux rentrer chez moi maintenant. Je dois leur paraître bien sournoise à continuer à sourire malgré tout. La SEP c’est ça aussi, une balise de contrôle.

Ma balise de contrôle.

Veni

Vidi

Vici

Jules César

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