déplacé

On pense toujours que ce sera impossible à réaliser. Que l’on n’en est pas, plus capable. Comment pourrait on y arriver maintenant que le handicap fait parti de nous? Ceci dit, il n’est pas nous. Et nous ne sommes pas notre handicap. Nous nous définissons autrement que par lui. Et heureusement que c’est ainsi.

Bien trop souvent, nous pensons que le regard que les autres portent sur nous, nous caractérise comme tel:  »tu as vu, il/elle est handicapé(e) »,  »il/elle est en fauteuil roulant »,  »il/elle lui manque un bras »,  »il/elle boite »,  »il/elle n’a plus de cheveux »,  »il/elle est anorexique »,  »boulimique »,  »il/elle tremble », « il/elle n’arrête pas de boire », « fumer », « vomir »….

Mais les handicapés, les malades, vivent. Ils subissent certes, mais ils se battent aussi, ils sourient, ils sont là, bien vivants. Nous pourrions être eux. Ils pourraient être nous, vous, lui et elle, toi, moi. Je suis l’un d’eux.

Si nous admettions plutôt que le handicap sculpte une redéfinition de l’Être ?

Permettant d’avancer sur la voie de la plénitude. Plus vite, plus loin et plus profondément que les autres. Il se déplacerait dès lors tel un être apte à se mouvoir dans une espèce d’exactitude spacio temporelle inexplicable.

Guidés, drogués, soutenus par des traitements chimiques certes, mais sinon quoi ? Se laisser mourir ? Les abandonner ? Absolument pas !

Les diabétiques, sclérosés, asthmatiques, sidéens, drogués, épileptiques, alcooliques, cancéreux, parkinsoniens, autistes… ainsi que tout les autres malades curables ou non, devraient vous impressionner par leur courage et leur sincérité. Ainsi que leur acceptation doublée d’obstination, et la résilience qu’ils déploient à chacun de leur pas. Inimaginable de ravissement.

Serrant la vie très fort entre leurs bras de peur qu’elle ne leur soit ôtée.

Embrassant chaque minute sans douleur comme si elle était la dernière envisageable.

Cherchant inexorablement à se lier au bonheur dans un ultime combat.

Ils exultent.

https://www.asf-fr.org/actualites/les-ailes-du-sourire-a-nouveau-deployees

La première fois où l’on m’a demandé d’accompagner des personnes  »malades », la question m’a paru vraiment déplacée. Comment oserais-je moi, handicapée, soutenir mon prochain dans la recherche et l’application des valeurs essentielles de la vie ? Respect, partage, réalisation, écoute, plaisir, abandon, persévérance, courage, empathie, choix, envie, joie, rire, amour, épanouissement, résilience, résistance ?

Ou plutôt, comment aurais-je pu -moi- avancer, continuer de vivre sans saisir l’occasion de pouvoir le faire ?

Reprise des vols hier. Quelle hâte de les retrouver tous. Parcourir cet autre chemin, donne à ma concubine les contours d’une fée; elle transporte avec elle la fierté de pouvoir accompagner ce public en grande difficulté dans la réalisation d’un de leurs rêves.

Quel travail fabuleux que celui de cette association. Merci. Et encore merci. Pour pour eux, et pour moi aussi.

Voir les yeux briller et les bouches s’agrandir dans un sourire sublime fut un réel honneur. Un peu comme celui ressenti lors de l’exposition sur les femmes battues au printemps dernier. Agir pour le bien d’autrui. Prendre soin et rester attentif à leur bien être. Un mouvement qui devrait devenir essentiel pour tous.

Ils étaient 8 adultes autistes cette fois ci, inscrits pour le vol au dessus des gorges du Verdon. Ce fut plus éprouvant que d’habitude. Plus violent aussi. Mais en une seule journée, dans une abstraction flagrante, ils m’ont enseigné sur la vie et le don de soi plus que toutes les autres actions entreprises jusqu’alors.

J’éprouve un profond respect pour ces hommes, ces femmes et l’extrême complexité de leur cerveau.

Vouant par la même, une immense admiration à chacun des éducateurs spécialisés vivant avec eux au quotidien, à chaque instant. Je m’incline devant leur patience et la douceur inaltérable des mots qu’ils utilisent. Leurs gestes à l’identique.

Dans l’exercice subtil de la vocation qui les anime, ces derniers encadrent mieux que des parents qui ont abandonnés leur enfant devant la maladie, qui sont partis, ou les oublient en centre de réadaptation. Ils sont aussi plus impliqués que des médecins qui ne les suivent que sporadiquement et réellement plus attentionnés que nous tous réunis.

Les regarder vivre en binôme m’a fait oublier celui que je forme avec ma jolie concubine depuis tant d’années. Et mes propres douleurs ont même eu la décence d’accepter de se taire face à la suprématie de leurs attitudes. Tantôt tendres et joyeux comme ceux des enfants, tantôt incontrôlables et autoritaires comme ceux des adultes.

Au départ de cette aventure, je venais les accompagner pour des vols à 3000 pieds au dessus de la zone PACA. Mais ce sont eux qui m’ont donné une leçon de vie ici bas. Bouleversée par leur amour simple et tellement communicatif, l’évidence commune qu’ils nous offrent de s’aimer face à la bêtise, la méchanceté et l’aveuglement de certains autres doit nous faire réfléchir. Comme un exemple d’humanité.

%d blogueurs aiment cette page :
search previous next tag category expand menu location phone mail time cart zoom edit close