électro

Il était plus enthousiasmant de l’envisager sur un corps balançant en rythme, sur un parquet miteux, qu’envoyée par une dizaine d’électrodes collées le long des avant bras. Inimaginable parce qu’inconnu. Ni jamais ressenti jusqu’alors. Etrange examen. Les décharges sont surprenantes, quelquefois trop puissantes, bassement sournoises. On imagine toujours ce qui n’est pas.

D’étranges images des atroces souffrances subies dans les camps de la mort sont revenues. Où toute cette période monstrueuse d’abus de cobayes humains aurait du faire progresser la recherche thérapeutique. L’éthique était elle volontairement, violemment transgressée ou bien la facilité d’utilisation de sujets vulnérables a t’elle toujours été priorisée ?

Les liens recherchés donnent à vomir. J’en ferai grâce. L’idée étant -aujourd’hui- de témoigner et se relever. Quand la phase d’attente se prolonge, l’imagination s’envole. Habituée de ces salles, la seule joie ce jour là, fut de retrouver ma jolie neuro.

Electroneuromyogramme avait elle dit en janvier. Je n’envisageais même pas ce que cela pouvait être. Trois mois après, inconsciente que je fusse, je trouvais encore le moyen d’y aller avec élan, voire entrain. Qui refuserait de pouvoir avoir accès aux réponses à ses questions ? Curieuse, naïve ou trop lasse, la consultation aurait pu rester frénétiquement dramatique si elle ne l’avait pas rendue passionnante.

Comment pouvoir imaginer les douleurs qui ont pu être engendrées par l’homme à d’autres ? Le courant est envoyé directement sur le nerf. Acte extrêmement précis, j’ai admiré la facilité avec laquelle elle trouvait chacun d’entre eux sous le derme, commandant l’autre partie du bras. Débit descendu à son minimum, elle envoya -malgré tout- la décharge. Sursaut immédiat, onde fulgurante, frisson nerveux et diffusion soudaine à tout le reste du corps.

Comme une enfant, ou peut être par pure déformation professionnelle, seules les couleurs et les ondes retranscrites sur l’écran de contrôle me captivaient. Du bleu électrique, du rose fluo, du jaune soleil, du rouge vif, du vert citron. Et leurs vitesses associées. Fréquences motrice, vitesse et sensitive, par segment, en contraction et étagé. Des courbes qui montent et qui descendent. Des chiffres et des temps de pose. N’était ce pas censé être la lecture approfondie d’une partie de la partition de mon rythme sensible personnel ?

Comment ne pas disjoncter ? Le pointage fut long et fastidieux, presqu’interminable. En relisant la fiche de conclusion, le nombre de points contrôlés semble démesuré. Néanmoins, il n’est qu’une toute petite partie de moi. 2 bras c’est rien. Et tout à la fois. Le toucher n’est il pas un sens fondamental ? Le corps est complexe alors, imaginons l’esprit !

Face à l’amplitude des vibrations, la douleur elle même devient endurable. Elle me parle et me parle encore, je reste concentrée sur les oscillations. Et leur rapidité de coordination. Son décryptage chiffré simultané m’ébloui.

Son aisance évidente à me faire sourire, m’oblige à oublier le courant transmis. Quasiment 80 relevés sont effectués. Les nerfs médians, segment après segment, interosseux, doigt après doigt, une main après l’autre. 2 heures d’examens, quelle revalorisation du corps, quelle extrapolation de celui ci. Si petit et si complexe. Si compliqué et si simple à la fois. Magnifique machine de guerre, fabuleux outil de combat. Une arme pure à l’état brut. Et elle, si douce, à l’éloquence délicieuse. Belle ambivalence à chaque fois.

S’habituer à tolérer la douleur devient nécessaire à ces stades. Rencontrer des personnes qui sont dans le même combat, qui effectuent le même chemin et qui demeurent légers et espiègles recadre systématiquement l’état d’esprit.

Ressortir de là avec le sourire était loin d’être envisageable. Et pourtant. Encore une histoire de porte à ouvrir, pourquoi avoir peur de ce qu’il y a derrière ? Puisqu’on imagine toujours le pire, le meilleur est à venir. Certains en fournissent la preuve régulièrement !!!

Continuer de chanter, à défaut de prochaine fête, j’ai déjà eu ma dose d’impulsions électro. Et comme les informations envoyées au cerveau transmettent des consignes, les retours silencieux sont en exergue face à la réverbération. Même plus besoin de me faire vacciner en urgence pour le coup, je suis presque redevenue une patiente lambda. Trop jeune, trop bonne santé et trop vive. Ah ahah les idées reçues !!!!

Seule une grande douleur ou une grande joie

Peut révéler votre vérité.

Si vous voulez être révélé,

Vous devez soit danser nu au soleil,

Soit porter votre croix.

Khalil Gibran

2 réflexions sur « électro »

  1. Bonjour Nina,
    J espère cette épreuve a été utile pour répondre aux questions.
    J imagine la folie des nerfs après avoir vécu tant d intensité…😕
    Heureusement que la neuro est une bonne accompagnatrice pour alléger un peu les souffrances.
    J adore Khalil Gibran!
    Bonne journée,
    T.

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    1. Bonjour Tsering, oui étrange examen, ceci dit le chemin s’est éclairé malgré quelques questions persistantes. Heureusement, j’ai la chance d’avoir une équipe médicale fantastique. Bonne journée. Merci 🙂

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Commentaires fermés

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