morgan et alice

On construit sa vie, sur les mensonges qu’on nous a dit. Les parents, quelques fois la fratrie, encensent un chemin qu’ils pensent avoir plutôt soigneusement déblayé. Pourtant, malgré leurs efforts démesurés, aucun d’entre eux n’explique honnêtement qu’il faudra nettoyer, nous aussi, les gravats laissés sur la route. Pendant combien de générations encore les enfants seront ils bernés par des parents qui maquillent outrageusement les réalités de leurs erreurs, horreurs passées ?

Quelquefois, plus que la volonté, seul le sport apprend la  »win ». Se détacher pour grimper, avancer. Encore, enfin, toujours et tout le temps. Aller chercher les opportunités, s’évader.

Dans le monde d’Alice, s’engager à s’entraîner 3 fois par semaine plus les compétitions du weekend, pour avoir le plaisir suprême de monter sur le podium faisait parti d’un cercle vertueux accessible au départ. Il devint inaltérable.

Constater ses temps de parcours, les distances, envisager les progrès, confronter les exigences étaient l’intégration subtile à la phase croissante de son égocentrisme. Nécessaire et obligatoire à ce moment là.

Depuis lors, les milliers de kilomètres déjà nagés ont eu le pouvoir de laver ses pensées. Éclaircir les lignes et interagir vite avec les notions de physique qu’elle détestait. La poussée notamment. Cadrer, seule, face ou sur le plot, sous l’eau et sur le ring, les sons perçus par les battements de son cœur.

Sourds et vibrants. Prendre conscience de la puissance immense de son corps, du haut du crâne à la pointe des orteils, c’est beaucoup plus jubilatoire que l’enfermement d’un caisson d’IRM. Apprendre à maîtriser l’envie autant qu’à décupler les possibilités de gestion de celle ci.

Nager et se confronter. Resituer l’adversité. Réussir à la faire plier. Puis la maintenir au sol. Combien de round déjà pour gagner le tournoi avec d’honnêtes juges ?

À une époque Alice avait essayé de nager en musique mais cela s’était avéré être en complète dissonance avec les sons feutrés qu’elle connaissait. Ceux de l’eau glissante sur sa peau. Les éclaboussures, les battements et la fluidité circulant autour et avec son corps était déjà trop liés, en simultané perpétuel. Il devait être question d’harmonies alors. Mettre en place une symbiose heureuse entre 2 états. Liquide et solide en cohérence absolue.

À chaque fois de nouveaux adversaires, un nouvel environnement, une nouvelle ville, une nouvelle piscine, seul le maillot et les plannings des compétitions restaient dans la pérennité du mouvement. Quels sont ces étranges basiques qui donnent envie de replonger à chaque fois, repartir à zéro et tout mettre en œuvre pour gagner ? La réalisation de son Être et sa propre liberté d’expression. Sous quelque forme que ce soit.

Alice a toujours adoré cet état d’esprit qui imposait à ses yeux de devenir rouges, sentir le chlore toute la nuit et sortir l’hiver malgré ses cheveux longs, mouillés et emmêlés par le bonnet. Avoir mal au bide la nuit précédente, l’estomac quasi vide, attendre le sifflet de départ, et plonger. Nager, respirer, souffler et attendre, au bord de l’épuisement le coup de sifflet marquant la fin de la course.

Mettre en action l’ensemble de son potentiel et se satisfaire d’être arrivée première ou deuxième, c’est une base unique pour apprendre à gagner. Même transit de froid sur les bancs avant la course. À la différence des sports co, la médaille, elle ne la devait qu’à elle même et à son entraîneur mais aussi, surtout, à son travail personnel. La découverte de son mental. L’acceptation de la défaite au même titre.

La maladie se supporte à l’identique, question d’appréhension. Pas l’angoissante ou l’affligeante, mais celle de résilience et d’émulation. Encore et toujours. Se jeter à l’eau, non pas pour barboter, elle était loin des vacances de Mr Hulot, mais pour espérer accéder au succès.

Toucher le mur d’arrivée et entendre citer son nom et son temps final dans les hauts parleurs de la piscine représentait une victoire personnelle pour Alice à ce moment là. Ici naquit l’égocentrisme bien mesuré qui lui permit d’arriver à ses fins. Nécessairement libératoire.

Du coup, la maladie, les pierres, nids de poules ou projectiles rencontrés sur la route, ne se trouvaient être que peu de choses par rapport à la quantité de mètres cubes d’air déjà inspirés et soufflés auparavant. Quelle belle école que celle du sport. Quelle ouverture vers l’ailleurs, toujours plus loin et plus haut. Combien de mouvement de brasse, battements de jambes ?

Partir de rien pour finir à beaucoup, renforce le placement en soi du Moi. Paradoxalement, le collectif se remet conjointement en marche. On ne peut se battre qu’à travers et avec un adversaire. Grâce à lui ? Personnellement, j’adore l’équipe constituée. Les enfants, les amis, les amours, quel bonheur d’ ouvrir la voix.

Tel un avatar construisant de nouveaux paysages dans man kraft, créer des routes multidirectionnelles n’est pas un acte virtuel. Comme les obstacles que la vie balance sur le quotidien, la maladie, le sport et les efforts qu’ils impliquent sont bel et bien effectifs. La concrétisation de leur aboutissement, un objectif fondé. La réalisation de ses bonheurs longtemps cherchés. Les siens, les vôtres, les miens, les leurs, les nôtres. De toutes façons, moi je flotte !!!

L’expérience c’est le nom que chacun donne à ces erreurs. Oscar Wilde.

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