moustache

La flamme de la bougie vacille inlassablement. La cire, mauve et noire, diffuse un léger parfum d’ambre qui apaise l’esprit. Dans un instant d’éternité, je me remémore les derniers kilomètres parcourus. Remplis de tant de nuances de bleu, la route a encore guidée la pensée.

À l’arrière, le soleil couchant laissait s’estomper la lumière d’une fin de dimanche morose. Alors que face à moi, s’offraient les gris teintés des profondeurs obscures. La nuit tombait pour accentuer le point final d’une semaine décousue.

Je me souviens des longues et effrayantes ténèbres de la forêt. Marchant, jouant, dansant ensemble autour du feu. Ranimant invariablement les lumières étouffées. Fumer, boire et chanter à l’envie devait certainement effrayer les quelques trolls perdus là. La musique et les percussions poussées à leur maximum ont fait naitre en moi l’envie d’appréhender sieur djembé. Malheureusement, trop longtemps trimbalé et conservé comme un objet précieux, chéri comme un cadeau rare et unique, son passé chargé d’histoire a eu raison de notre complémentarité. J’ai dû m’en séparer.

Entouré de perles multicolores, coquillages et cordages noués, il était monstrueusement sourd et percutant. Magique. Trop déroutant.

Moi qui n’ai jamais réussi à aligner 3 notes justes sur une partition de flute, cet instrument me permettait de produire un son de basse ou claqué relativement correct. Comme un enfant ébloui découvre l’utilité de son nez ou de ses mains, je jouais enfin. Ce n’était jamais assez bien pour les autres. Comment dégouter quelqu’un de faire de la musique ? Cette percussion m’a longtemps rappelé les spectacles de danses africaines des Francofolies entre copains. Je n’ai conservé que la derbouka. Pour sa douceur et son esthétisme. Il ne faudrait pas s’attacher aux objets. C’est bon aussi de se sentir dépouillé, tant que le cœur vibre encore.

Depuis lors, l’ONF a tout sécurisé, la communauté d’agglomération a installé des caméras. Partout. Même la nature se trouve confinée. Avec Enzo, je traversais la forêt du haut de ma rue jusqu’aux villes voisines, un jour sur deux, à travers les sentiers boisés, j’arpentais. Chênes et châtaigniers restent mes préférés. Leur majestuosité impose au respect. Tels d’imputrescibles piliers, leur enracinement au fin fond de la terre traverse les âges et les époques afin de pouvoir façonner notre environnement. Hiver comme été. Et les intersaisons, superbes. Ne sachant quel temps il ferait, il fallait se tenir prêts à tout. Tout le temps. Merveilleux écosystème. Si fragile et si noble. Les grands arbres.

Ce chien, cet amour de bâtard, pensait me semer à chaque fois, j’ai toujours attendu son retour. Criant à tue tête au milieu des chemins, la laisse n’ayant toujours été qu’un accessoire inutile. Je préférais le voir libre de courir et jouer, chasser. Même après des heures de marche. Maudit chien. Il revenait, la langue pendante, rempli de ronces et de fougères, sale et infestant le rat mort, mais content de me voir là. Les baskets boueuses, sous la pluie. Sale chien, mon chien, il me manque quelquefois.

Je l’ai laissé tout faire, je ne sais pas si j’aurai voulu ou dû le faire dresser. Il était tellement sauvage et  »sentait » la méchanceté des gens; lui même étant devenu un peu agressif face aux indigents . Il m’a protégé pendant près de 9 ans. Quand il a fallu que je me décide à le faire piquer à cause de son cancer, ce fut un gouffre émotionnel.

Je me souviens l’avoir récupéré chez un éleveur qui n’en voulait pas parce que c’était un petit bâtard qui pissait partout et n’écoutait rien. Il était pourtant le plus beau de tous les chiots de la portée. Ses yeux, le jour du départ pour sa dernière visite chez le véto, sont gravés dans ma mémoire. D’ailleurs je n’ai même pas eu le courage de l’emmener moi même. Mon père. Encore mon père. Joyeux satellite d’un étrange cosmos.

Prise de Sifrol oubliée hier, nuit blanche effective. Ça me saoule. Dans la famille CORPS HUMAIN moi je demande : 1 jambe droite. Ou sinon j’échange mon bras gauche contre 1 kg de myéline. La fatigue c’est comme un sevrage finalement, tellement enthousiasmée par les images de la veille, que l’adrénaline finie par fixer comme des amphétamines. Sans excuses.

Grisée par l’exposition sur les femmes battues qui est prolongée jusqu’à fin avril.

Troublée par la salle remplie de gendarmes et policiers qui écoutent enfin leurs voix.

Printemps, jolie période de mue, ne fait-il pas encore trop froid ? Pourquoi pas l’Islande ? J’ai déjà effectué le process moi, il faudrait juste que je puisse sauver ce qui me reste encore de peau. L’Homme se bat toujours seul pour arriver à ces fins après tout. Atteindre ses rêves, et en réaliser quelques uns.

Un beau matin

Il n’avait peur de personne
Il n’avait peur de rien
Mais un matin un beau matin
Il croit voir quelque chose
Mais il dit Ce n’est rien
Et il avait raison
Avec sa raison sans nul doute
Ce n’ était rien
Mais le matin ce même matin
Il croit entendre quelqu’un
Et il ouvrit la porte
Et il la referma en disant Personne
Et il avait raison
Avec sa raison sans nul doute
Il n’y avait personne
Mais soudain il eut peur
Et il comprit qu’Il était seul
Mais qu’Il n’était pas tout seul
Et c’est alors qu’il vit
Rien en personne devant lui.

Jacques Prévert (1900-1977)

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