cicatrices à l’iris

Elles retracent notre vie. Et l’ensemble des expériences qui font de nous ce que nous sommes devenus. Elles nous marquent, nous dévisagent ou nous transforment physiquement et psychologiquement. Elles sont le témoin inaltérable de notre courage. Voudrait-on, pourrait-on en changer ? Les transformer ? Les faire disparaitre et tout recommencer ? Aveuglés puis éclairés.

Vierges d’une vie réelle, redevenir un être lambda, l’alpha neutre, l’Homme sans consistance ? Tel un nourrisson innocent et pur ? Lisse et d’une candeur presque transparente ? J’en doute.

Car le rêve et le virtuel ne se soustraient pas aux impératifs émotionnels. Comment substituer un frisson ? Comment retranscrire une émotion ? Si ce n’est dans les multitudes de réactions engendrées par le contact ? Le vécu. L’espoir. La renaissance.

J’appréhende un peu le jour de l’ouverture de l’exposition. Tant d’émotions à gérer en une seule prise. Complexes et fous les  »one shot ». Comme ceux de tequila agrémentés de sel: forts et secs à la fois. Grisants et étourdissants. Comme le premier baisé, le jour du mariage ou celui de l’accouchement. Un évènement attendu depuis longtemps, qui s’évapore, dès lors que la magie de l’instant de joie absolue se transforme.

En souvenir immortel, il demeure intarissable mais succinct. Tellement rapide qu’il devient illusoire dans l’intégrité de chacun des gestes effectués ce jour là. Mobiles et immobiles à la fois.

Car leurs regards sont maintenant apaisés. Vont-ils se voir confrontés à la réalité d’un passé trop éprouvant ? Ou bien la simple plénitude des retrouvailles, des sourires échangés suffiront -à eux seuls- à effacer la douleur gangrénée ? La joie mêlée à la frayeur.

Quelle fierté cependant, du premier pas posé, seul(s,es) puis tous(es) ensemble. Le premier rdv donné. Le premier regard partagé. Un seul mot puis des centaines, pour comprendre toute la complexité, la désuétude et la profonde désolation de ces femmes maltraitées ? Nous. Vous.

Vous, nous. Nous qui mettons au monde les enfants de demain. Qui élevons chaque jour, le petit homme, la petite femme, qui bouleverseront et transformeront les sales actions d’une génération de profiteurs, définitivement, malencontreusement perdus. Instruits mais malsains, grandioses mais pervers, poètes mais névrosés, grands maîtres mais  communs dans l’âme. L’anodin devenu  ordinaire. Insipide et vulgaire.

Où sont passés les précurseurs ? Les artistes et les admirables fous ? Remplacés par des voyeurs, violeurs et rabatteurs ?

Ils finissent par nous donner envie de pleurer, les  »biens portants », les  »cloisonnés » demeurant lâches et devenus insignifiants avec le temps; au regard du handicap et de la violence imposés sournoisement à des vies pourtant simples et authentiques.

Ayant déjà écris à ce sujet, y revenir m’interroge encore. Après tout, n’y a t’il pas que la vérité qui blesse ?

Il y a quelques années, certains de mes sites ont été piratés. À l’époque, j’avais écrit un article sur la propriété intellectuelle. Et voilà que c’est encore le cas aujourd’hui. Tout a un coût mais l’on ne peut admettre que la liberté puisse engendrer la jalousie. Elle est le résultat d’un travail de fond, souvent acharné. Du choix de l’Etre confronté à l’Autre, en combat quasi perpétuel. Souhaitant pouvoir guider notre façon de penser ou nous empêcher d’écrire, de parler; nous leur affirmons maintenant, qu’ils se trompent d’axe.

Les femmes battues sont devenues des combattantes.  Ayant subies l’humiliation et le dénigrement, la violence et la domination pendant des années, plus rien ne les effraye aujourd’hui. Le jour où elles ont enregistré certains numéros bien utiles dans leur répertoire téléphonique, elles sont devenues inébranlables. La parole prise les ayant rendues éternelles.

Incontestablement trop utopistes à l’époque, la réalité les a toutes rendue circonspectes. Largement revenues des rêves de Cendrillon ou des hypothétiques Robins des bois; elles éblouissent depuis l’énoncé des maux. De milles couleurs, elles resplendissent et fascinent par l’audace et la persévérance qui les caractérisent. Qui peut assurer dorénavant pouvoir voir -vraiment- la lumière vive du soleil ? Qui a pris assez de recul, pour accompagner son prochain sans rien attendre en retour ? Qui sait ce qu’est l’amour ? Qui n’a pas peur de  vieillir ? De mourir ?  De partager ? Qui rêve encore éveillé ? Dommage .

J’aurai pu écrire de longues et jolies phrases d’ espoir et d’encouragement pour demain; mais détestant les berceuses, j’ai fini de penser aux autres. Soyez fiers de ce que vous avez entrepris. Restez enthousiastes du regard et  de la bienveillance qu’il/elle porte sur vous. Mais sans abnégation aucune.

Car les rêves perdurent tant qu’ils sont rêvés par des individus sensibles et complets. L’Homme prenant toute son intégrité dans la concrète réalisation de ces actes. Non plus en entravant ceux de ses semblables.

Néanmoins, aujourd’hui, les dates confirmées pour l’exposition, l’accueil des professionnels va demeurer compliqué à gérer pour chacune. Moi je reste encore troublée de regarder le teaser de l’événement. Entendre ses amies parler de leur vécu de femmes battues m’impacte systématiquement. Comme une grenade qui explose au visage; s’apercevoir finalement qu’il n’existe que 2 catégories de personnes : ceux qui regardent et qui s’enfoncent dans un déni significatif et ceux qui voient et se battent afin d’éradiquer la problématique. 

Quelle extrême complexité que le devenir de la race humaine. S’apercevoir, finalement, que les uns se confondent -quelquefois- avec les autres. Les sauveurs pouvant se transformer -eux mêmes- en monstres suprêmes.

À qui accorder sa confiance ? Comment déceler l’illusion déversée ?

 »l’étrange cas du Dr Jeckyll et Mr Hyde » de Robert Louis Stevenson n’en est il pas une référence notable? Ces individus là ayant pourtant la capacité profonde de comprendre les sentiments de leur égal. Ce qui leur confère d’ailleurs une pondération et une virtuosité reconnue. Tant qu’ils n’ont pas été désignés. Soyons attentifs à l’ignoble jouissance qu’ils prennent à se jouer de cette image qui leur est malheureusement attribuée.

http://revuepostures.com/fr/articles/charette-9

Pervers narcissique : 10 signes qui doivent vous alerter. https://www.passeportsante.net/fr/Actualites/Nouvelles/Fiche.aspx?doc=pervers-narcissique-manipulateur-reconnaitre-emprise-psychologie-perversion

Sommes nous responsables de cet aveuglement dérisoire ? Sommes nous complices ? Accepter ? Tolérer ? Jusqu’à quand ? C’est déjà trop tard pour les milliers de femmes qui en sont mortes. Trop tard pour celles qui n’en dorment plus. Trop tard pour le silence.

https://www.lesmotivations.net/spip.php?rubrique18

J’espère que les journalistes poseront les bonnes questions. J’espère qu’elles ne vont pas craquer. De toutes façons, nous n’avons plus de larmes à pleurer. Que des sourires à donner. Des visages à embrasser.

 »Dors tu ?

Et toi ! Dors tu quand la nuit est si belle,

Quand l’eau me cherche et me fuit comme toi;

Quand je te donne un cœur longtemps rebelle ?

Dors tu, ma vie ! ou rêves tu de moi ?

Démêles-tu, dans ton âme confuse, les doux secrets qui brulent entre nous ?

Ces longs secrets dont l’amour nous accuse,

Viens-tu les rompre en songe à mes genoux ?

As-tu livre ta voix tendre et hardie

Aux fraiches voix qui font trembler les fleurs ?

Non ! c’est du soir la vague mélancolie;

Ton souffle encor n’a pas séché mes pleurs !

Garde toujours ce douloureux empire

Sur notre amour qui cherche à nous trahir:

Mais garde aussi son mal dont je soupire;

Son mal est doux, bien qu’il fasse mourir ! »

Marceline Desbordes-Valmore

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