encore et toujours pas

Il se demandait si son visage serait souriant ce matin dans le miroir. Va t’il le reconnaître, ou bien simplement le voir d’ailleurs ? Est ce que le reflet de lui même s’imposerait comme une évidence ? Morne et fatigué, au mieux, éclairé. Peut être enjoué de son laxisme. Pour elle se fut le sentiment de honte qui domina: sourcils froncés et regard baissé.

Elle aime se piquer à cet instant. Le geste effectué, passé, pourrait -si tant est que le soleil chauffe un peu plus son dos- rajouter à la démesure du moment.

Car elle ne voulait plus regarder, elle ne pouvait plus écouter, se rendant bien compte que le deuil de cette sombre période ne sera jamais complètement fait. Que signifie être témoin ? Pourquoi cette qualification devient elle dévastatrice ? Pourquoi la parole est elle nécessaire ? Le silence s’imposerait donc comme une complicité néfaste ? La liberté impose le libre arbitre. La notion de choix ne peut, dès lors, que s’imposer d’elle même après un travail de fond.

Ils étaient allé ensemble chez une tante très compatissante cette fois là. Elle le suivait parce qu’elle l’aimait, peut être, à l’époque. Peut être. Sa sœur encore enfant, s’était laissée séduire par un homme beaucoup plus âgé qu’elle, pendant les vacances d’été. Presque 30 ans de différence d’âge. Lui, il avait les cheveux longs, noirs ébène; elle, avait encore le visage d’un bambin. Courts ébouriffés d’une enfant qui cherche à mûrir. Je suis allée les chercher à la gare, ils avaient les yeux explosés. Lui ne disait rien. N’a jamais rien dit. Peut être se satisfaisait il de cette situation quasi incestueuse. Était il complice ? Surement. J’en parlerai une autre fois.

À la fin de la soirée, il était convenu que nous dormions la bas. L’alcool et la marijuana avait pris le temps de brouiller leurs esprits hagards. Déjà mon attention s’avérait très précieuse, effroyablement précise. Trop attentive, trop minutieuse certainement.

Allongés côte à côte, il dormait, peut être, ou faisait semblant. Comme moi. Sa sœur et l’homme à notre gauche, ont finit par baiser ensemble. Pardon pour le terme mais l’acte était tellement indécent que l’ensemble des termes d’amour n’ont rien à faire ici. 15 et 40. Il aurait pu être son père. Le bruit de leurs ébats me sidérait. Le frère dormait toujours à côté. Nous n’étions pas encore marié à l’époque. Lorsque je lui en ai parlé, il me disait que ce n’était pas grave. Cela aurait dû m’alerter à l’époque. Je n’ai pas insisté. Était ce lâche ? Oui. Quelques jours après, la petite s’est enfui de chez elle avec l’homme. Squattant dans quelques maisons vides de leur quartier, je devais l’emmener voir sa sœur plusieurs fois par semaine. Je ne disais plus rien. Peut être par peur d’être abandonnée. Sûrement d’ailleurs. Nous allions fumer tous ensemble dans ces maisons vides, délabrées. Témoin devenue muette, d’un acte inconcevable à mes yeux. 2 fois.

Un été suivant, débarqués dans une communauté d’Ardèche, ce fut trop. Des enfants laissés à leur propre chef, des femmes défoncées H24 à l’extasie bon marché. Je regardais, dans une espèce d’impuissance complice. Il regardait sa sœur se faire prendre par le vieux et ne disait rien. Lorsqu’ est arrivée une deuxième fille paumée se joindre à leurs ébats, j’ai finalement posé l’ultimatum. On est partis le lendemain. C’est à partir de ce moment là que j’ai compris la valeur de l’argent. L’autonomie. J’avais ma voiture, plus rien ne m’obligeait à subir. Rester.

Le jour où le crack est rentré en ligne de compte j’ai hurler ma colère. Comment peut on tolérer que ce dealer détruise son environnement !? Lorsque ce séduisant revendeur est venu me retrouver un jour à mon travail pour me faire des propositions, ce fut cinglant. M’apercevant que mon mec acceptait de me laisser partir avec un trafiquant, étais-je tombée si bas ? Quelles étaient ces valeurs qui étaient devenues les miennes ? Elles ne le sont jamais devenues d’ailleurs, finalement. J’ai cette fierté qui caractérise les immigrés. J’ai cette humilité qui construit les femmes bafouées. J’écoute et je regarde mais si ce que je vois ne me plaît pas, je ne peux plus me taire. Et je dénoncerai toujours désormais la violence de ce que je vois. Et tout ce qui va à l’encontre du respect de l’autre. Veiller à l’intégrité est une priorité. Sachant que tout demeure possible mais uniquement dans l’acceptation mutuelle. Je m’abstiendrai de citer les derniers événements et #metooinceste. Parce qu’il est tard ou tôt maintenant, et je vais trop dérouler pour l’heure.

L’âge passé trace des sillons sur la peau, mais le faciès n’en demeure pas moins plein. Une certaine gratitude est enfin parvenue à combler le manque de l’autre; mais le temps perdu ne se retrouvera jamais. Infestés par les obligations qui rongent le quotidien, il serait illusoire de s’apercevoir qu’elles seules peuvent imposer une discipline fortuite. Comment est il possible de faire rentrer autant d’événements dans une seule et unique journée ? Mes seuls contacts sont des malades, des docteurs, des soignants, des mourants. Cet environnement, pesant, a apporté au quotidien une espèce de nausée profonde . Elle s’est imposée à moi depuis hier. Comme lorsque tu es petit, et qu’à force de monter et descendre les bosses en foret, tu finis par faire dérailler la chaîne de ton vélo. Pédaler dans la semoule après ça.

Comme la maison n’est pas tout près, il faut rentrer à pied, ou que tu mettes les mains dans le cambouis. N’ayant pas encore choisi la solution qui satisferait au mieux mon équilibre, rester sur la tranche parait confortable pour l’instant, si tant est que cette situation ne s’éternise pas. Les écrans ont fini par lobotomiser le reste de cerveau brillant qui vibrait au centre de mon crane. Heureusement, lundi j’ai récupéré des béquilles pour mon fils, j’ai donc 4 jambes de plus pour marcher. lol.

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