plivitce

la fluidité du liquide scintillant qui coulait de part et d’autre des rondins, la fraicheur des arbres majestueux qui nous protégeaient involontairement et l’écrasante chaleur d’un soleil en zénith perpétuel; ont rendu cette journée inoubliable. Comment aurions nous pu nous douter, à cette époque, que la guerre tenterait de dévaster ce havre de paix ? Somptueux et encore si naturel, vierge et pur, chargé d’histoire, ce cocon niché au centre des Balkans, s’ouvrait à nous tel un trésor caché. Seule la bande dessinée de Tintin du sceptre d’Ottokar m’avait interpelée sur la région à l’époque.

Mais lorsque l’on est arrivés sur place, l’endroit souffla mon cerveau. Il y avait là, tous les éléments réunis d’un bonheur accessible. Du bout des doigts et remplissant mes pupilles, étaient condensés, l’eau, le feu, la terre et l’air. Le ruissèlement incessant des fluides en déversement constant guidait mes pas. D’une douceur extrême, il engageait à le suivre au travers de cette foret abondante et claire. Une invitation émouvante à s’enfoncer au cœur de ces mystères.

Cette foret, bien différente de celle du coté de chez moi promettait l’apothéose. Elle n’a pas failli à sa proposition. La marche n’était pas un problème à l’époque. Nous y sommes restés pratiquement la journée complète, plusieurs dizaines de kilomètres, presque 8 heures de marche d’affilé, tellement l’endroit est merveilleux. Il est un cadeau que la nature nous offre, et lorsque l’on s’y attarde, plus rien ne doit nous presser.

Il y avait là tant de lacs en cascades, se déversant les uns dans les autres dans un circuit époustouflant. Des chutes d’eau tumultueuses, des rapides assourdissants des clapotis discrets, des ruissèlements timides et de succinctes temporisations. Dans le lit de ces eaux résonantes, plus paradisiaques que dans le plus intime de nos rêves, se trouvait le plaisir ultime de la plénitude. Comme en haut d’une montagne enneigée ou sur le bord de la pointe du Raz aux grandes marées. Juste coincé entre le rêve et la réalité. Fine ligne d’extase de nature sauvage.

En dessous du bois serré aligné sur des kilomètres, quelques poissons venaient nous narguer de façon fugace et libre. Nos pas auraient pu se caler à la mesure de leur nage insouciante. Mais il y avait trop à observer devant et au dessus de l’eau.

https://www.theoutsiders.travel/inspiration/lieu/parc-national-des-lacs-de-plitvice/

Nous étions en 1988, 1989 peut être, la Croatie et ces frontières s’appelaient encore la Yougoslavie. Les sentiers étaient relativement calmes et dépeuplés, et le tourisme n’avait pas encore rongé cette région de paradis. Le Grand Bleu offrit plus tard au monde ces plus intimes paysages, les conflits qui ont suivis dévastèrent les populations, mais la terre est reine et reprit malgré tout ses droits. Je n’aimerai pas revoir Dubrovnik maintenant. Infestée et polluée par la foule.

Mais depuis, toujours pas de regrets. Ni d’avoir marché ces centaines de kilomètres, ni d’avoir été émerveillée par tout ces paysages longuement observés. Pas de portable à l’époque, pas de toile autre que celle de la veste qui te protège du froid !!! Purée, encore des souvenirs, mais vu qu’aucune nouvelle belle idée ne semble poindre à l’horizon, il s’agit de se construire de nouvelles images. La stagnation dans l’être et les paraîtres, me semblent présomptueux. Aucune course pour moi, aucun combat de coq, de lutte dans la boue, aucune quantification, ni d’accomplissement aléatoire. Oups. Réalise et rêve. Ou/et le contraire.

L’idée est de partager le rêve. Et d’écouter son cœur, ton cœur, le sien, ou le mien, c’est fabuleux le français. Un peu comme la fusion, tout est interchangeable. Le tout est de garder la note, et le rythme. Chacun ces ambitions, préférant voyager que de se confronter. J’ai presque déjà gagné mon combat.

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