transgénérationnels, marianne et orphée

Ce combat perpétuel que la vie t’impose. Est il une fatalité ? Ou une simple représentation de l’obscurantisme humain ? Pourquoi l »Homme est il si désordonné dans sa tête qu’il s’oppose régulièrement à l’idée de progrès ? Le changement est effrayant -certes- pour les novices que nous sommes, mais comment peut-on se contenter de superficialité ? La soumission tel un abandon. La résistance telle une victoire. C’est bien cela que la maladie m’a enseigné. J’adorerais avoir 200 ans uniquement pour gagner -proportionnellement- en sagesse et en savoir. L’écoute comme la plus jolie pierre à l’élaboration de l’édifice personnel. L’écriture comme le plus bel outil de transmission et de partage. Raconter histoire.

Ouvrir des portes. Avec l’espoir futile de comprendre ce qu’il s’y cache derrière, un bonheur monstrueux. Pendant longtemps, il aura fallu interpréter, discerner, déchiffrer, les mots entendus. Encaisser puis laisser glisser. Tomber pour mieux se relever. Rester concentré sur son introspection et n’agir qu’en vertu d’actes moraux. Malheureusement bien éloignés de certains mouvements de pensées actuels.

 »Fût il question de choses les plus indifférentes, Mme de Miran ne pensait rien, ne disait rien qui ne se sentit de cette abondance de bonté qui faisait le fond de son caractère….Non, la sienne était une vertu; c’était le sentiment d’un cœur excellent; c’était une bonté à proprement dite qui tiendrait lieu de lumière, même aux personnes qui n’auraient pas d’esprit, et qui, parce ce qu’elle est une vraie bonté, veut avec scrupule être juste et raisonnable, et n’a plus envie de faire un bien dès qu’il en arriverait un mal.

Je ne vous dirai pas même que Mme de Miran eut ce qu’on appelle de la noblesse d’âme, ce serait aussi confondre les idées: la bonne qualité que je lui donne était quelque chose de plus simple, de plus aimable et de moins brillant. Souvent ces gens qui ont l’âme si noble ne sont pas les meilleurs cœurs du monde; ils s’entêtent trop de la gloire et du plaisir d’être généreux, et négligent par là bien des petits devoirs. Ils aiment à être loués, et Mme de Miran ne songeait pas seulement à être louable; jamais elle ne fut généreuse à cause qu’il était beau de l’être, mais à cause que vous aviez besoin qu’elle le fût; son but était de vous mettre en repos, afin d’y être aussi sur votre compte.

Lui marquiez vous beaucoup de reconnaissance, ce qui l’en flattait le plus, c’est que c’était signe que vous étiez content. Quand on remercie tant d’un service, apparemment qu’on se trouve bien de l’avoir reçu, et voilà ce qu’elle aimait à penser de vous: de tout ce que vous lui disiez, il n’y avait que votre joie qui la récompensait.

J’oubliais une chose assez singulière, c’est que, quoiqu’elle ne se vanta jamais des belles actions qu’elle faisait, vous pouviez vous vanter des vôtres avec elle en toute sureté, et sans craindre qu’elle y pris garde; le plaisir de vous entendre dire que vous étiez bon, ou que vous l’aviez été, lui fermait les yeux sur votre vanité, ou lui persuadait qu’elle était fort légitime; aussi contribuait-elle à l’augmenter tant qu’elle pouvait: oui, vous aviez raison de vous estimer, il n’y avait rien de plus juste; et à peine pouviez vous vous trouver autant de mérite, qu’elle vous en trouvait elle même.

A l’égard de ceux qui s’estiment à propos de rien, qui sont glorieux de leur rang ou de leur richesses, gens insupportables et qui fâchent tout le monde, ils ne fâchaient point Mme de Miran: elle ne les aimait pas voilà tout, ou bien elle avait pour eux une antipathie froide, tranquille et polie.

Les médisants par babil, je veux dire ces gens à bons mots comme les autres, à qui pourtant ils n’en veulent point, la fatiguaient un peu d’avantage, parce que leur défaut choquait sa bonté naturelle, au lieu que les glorieux ne choquaient que sa raison et la simplicité de son caractère.

Elle pardonnait aux grands parleurs, et riait bonnement en elle même de l’ennui qu’ils lui donnaient, et dont ils ne se doutaient pas ».

Marivaux, La vie de Marianne

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