sujet

Les sujets qu’on ne maitrisent pas sont toujours difficiles à aborder. Il y a les sujets qui fâchent, ceux qui nous rendent perplexes, les sujets qui rassurent ou les sujets qui encouragent. Les sujets brûlants, les sujets de conversation, ceux de loi ou d’actualité mais un sujet se doit toujours d’être abordé avec objectivité et indépendance. Lorsque l’on a aucune, ou peu de matière à comparer, il est difficile de se sentir juste et impartial.

Et cela faisait bien longtemps que ce type de conversation ne m’avait impliquée si personnellement. Choisir, décider, imposer, l’idéal n’était il pas d’être heureux, tout simplement ? J’admets que mes rêves ne sont pas les leurs, mais quand même. Laisser partir et s’envoler. Dur soufflet pour un samedi déjà bien brumeux.

La volonté, le désir pur, avant même, l’indépendance, était le sujet principal de l’échange initial. Beaucoup doivent connaitre cette problématique, mais elle me dépasse. N’ayant  que des amis qui en ont souffert, blessés, accidentés, 2 en sont morts; je rechigne toujours à parler de moto.

Pourtant j’admire volontiers cet objet, bien qu’ il ne soit jamais -pour moi- qu’un  plaisir personnel, légèrement égoïste (oups!).  Un ami m’avoua un jour que sa moto était devenue sa maitresse. Il se vantait même d’entretenir une relation plus charnelle avec elle qu’avec sa femme (sic). Et je ne dis pas cela parce que je suis une fille, car j’ai de nombreuses copines qui tiennent le même discours. Mais ces histoires de  »trouple » comme ils l’appellent dernièrement, me laissent perplexe.

Face à cette réflexion suspecte,  et en prenant bien soin de faire allégeance face aux diktats de ma jolie concubine; lorsque l’on vit avec 2 garçons, je savais depuis quelques années déjà, que le sujet serait mis sur le tapis. Passer son permis A1.

J’avais déjà réussi à gagner 2 ans dans la chronologie de cette sombre histoire. Mais à l’aube de la stabilité de son développement biologique, mon fils agite ardemment son drapeau d’individu unique et complet. Revendiquant intelligemment ses droits et ses envies.

Alors, le rendez vous à l’auto école fut soft jusqu’à ce que tout s’envenime par la suite. Les études, la fac, le transport, la vie, l’autonomie, l’argent, l’assurance, l’essence, la sécurité, l’équipement. Je déteste devoir jouer à la maman raisonnable et raisonnée. J’admets volontiers que, si je demande conseil aux anciens, ils parleront de sureté, si je demande à mes amis, ils me diront que tout va bien, rien à craindre, mais je m’avoue foncièrement hermétique sur le sujet. Ma belle histoire, très chers souvenirs, quand bien même vous bataillez pour tenter de faire pencher la balance, mon individualité reste entière et posée. Serait-ce à ce niveau là que la structure se fracture ?

Face à une multitude de portes qui se présentent devant soi, de laquelle choisi t-on de tourner la serrure ? Sécurité, défiance , ignorance, insouciance, folie ? Jolie concubine, tu as bien senti  l’imbroglio, mais il est inutile de te manifester  sournoisement. J’hallucine. Comment le simple fait de réfléchir pourrait-il venir impacter ma journée ? Tout va bien après tout, juste quelques caprices à gérer.

Ou bien tout reconsidérer. Y avait il déjà une faille ?

Les animaux malades de la peste

Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste [puisqu’il faut l’appeler par son nom]
Capable d’enrichir en un jour l’Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :
On n’en voyait point d’occupés
A chercher le soutien d’une mourante vie ;
Nul mets n’excitait leur envie ;
Ni Loups ni Renards n’épiaient
La douce et l’innocente proie.
Les Tourterelles se fuyaient :
Plus d’amour, partant plus de joie.
Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune ;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux,
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L’histoire nous apprend qu’en de tels accidents
On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L’état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons
J’ai dévoré force moutons.
Que m’avaient-ils fait ? Nulle offense :
Même il m’est arrivé quelquefois de manger
Le Berger.
Je me dévouerai donc, s’il le faut ; mais je pense
Qu’il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse.
– Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur
En les croquant beaucoup d’honneur.
Et quant au Berger l’on peut dire
Qu’il était digne de tous maux,
Etant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.
Ainsi dit le Renard, et flatteurs d’applaudir.
On n’osa trop approfondir
Du Tigre, ni de l’Ours, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu’aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
L’Ane vint à son tour et dit : J’ai souvenance
Qu’en un pré de Moines passant,
La faim, l’occasion, l’herbe tendre, et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net.
A ces mots on cria haro sur le baudet.
Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu’il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l’herbe d’autrui ! quel crime abominable !
Rien que la mort n’était capable
D’expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

Jean de La Fontaine
Les fables – Recueil II, livre VII

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