carmin vole et teint

Réveillée au milieu de la nuit, je ne visualise pas bien si c’est à cause de lui ou bien si c’est elle qui se rappelle à moi. Après une rapide analyse sensorielle de chacun de mes membres, désespoir est de constater que ces vilaines jambes sont contractées à l’extrême. Sans aucun doute, de mémoire de la veille et de ses danses effrénées. Parce qu’on ne peut pas oublier, et le corps de rester droit.

Patiemment, sa lumière commençait a éclairer le ciel. Levés juste pour observer sa renaissance, nous attendions courageusement, collés près de la fenêtre, de pouvoir apercevoir le premier rayon de sa présence, 7h ou 7h30 l’heure n’avait aucune importance. Nous devions être partis pour midi. La chaleur de la pièce nous rassurait à l’observation des arbres gelés devant nous. Le café allait bientôt être porté, lui seul pourrait concrétiser l’instant.

Contextualiser l’endroit et le temps, juste pour éviter d’ oublier cet étrange moment. En attendant, partager, graver dans la mémoire ces précieuses minutes, paru inéluctable. Lorsque ses premières lumières firent changer la couleur du ciel: presque blanc transparent, telle une ouverture vive vers l’au-delà ou l’immensité d’un champs de coton, déjà il était temps de se préparer.

Les photos furent prises rapidement mais elles éblouissaient le cerveau encore endormi; pourtant, la nécessité de partager a repris le dessus. Le voilà, fabuleuse éclaircie que tu offres à nos yeux, soleil; ta chaleur réchauffe malgré ton éloignement. Quelques oiseaux étaient arrivés depuis peu, judicieusement posés sur les fils électriques devant la bâtisse, ils faisaient penser à des notes de musiques soigneusement alignées sur une partition. Le café servi, l’orange engloutie, reprendre un minimum d’énergie devenait prioritaire.

La journée avait prévue d’être longue, dernier regard au bienfaiteur qui avait prit le temps de s’élever dans le ciel face à nous. Soleil, tu semblais éclairer de ta force vive, le lit défait qui trônait au milieu de la pièce. A la vue des abus de la veille, les miettes furent négligemment ramassées, les canettes judicieusement rangées et les affaires rassemblées; seule trainait au milieu de l’autre lit, la piqûre qui n’attendait plus qu’à être injectée.

Une fois que la totalité de la chambre fut débarrassée des joies du festin passé, suivre la circonférence du chemin de l’astre qui nous éclairait, était devenu plus que nécessaire. Marcher, respirer, regarder, humer, écouter, juste pour l’intime plaisir de pouvoir savourer sa liberté, aucune heure pour rentrer autre que celle de reprendre la route.

Quelle journée ! De l’eau, des cris d’enfant, des rires, des arbres, nus et tristement dépouillés par l’hiver; de toute ta grandeur se déversait sur ce joyeux ensemble, un complot de vie merveilleux, jolie nature morte en renaissance, spacieuse et vitale. Liberté. Les joues rosies et les mains devenues presque gelées, seule la notion de temps importait. Profiter, profiter m’avaient-elles dit. Et ne jamais oublier de garder une pensée pour elles.

De la plus juste, celle qui s’adresse aux merveilleuses professionnelles qui accompagnent; à la plus sournoise, celle qui émane de cette concubine, plus jalouse qu’une pâtisserie qui offrirait ses pommes en douceur exquise. Je savais que cette dernière ne vivait ce jour là, qu’en attente de se manifester.

Magnifique journée cependant, prendre le chemin du retour devenait maintenant impératif. Couvre feu oblige. Ignorant les derniers cadeaux que la belle étoile me préparait, j’ai repris la route, sans savoir quelles images m’attendaient. Mille couleurs d’arc en ciel, et tout l’ensemble des tons de rouges qui explosaient à travers le pare brise. Laissant s’estomper les dernières nuances de lumière bleu, le soleil, commençait à se cacher derrière les montagnes abruptes qui dominaient la route. Carmin, tomate, corail, fraise, saumon, rubis, pourpre, brillant, tous les rouges m’attendaient. Offrant à mes yeux clignant prématurément, un spectacle inoubliable vers la vallée en contre bas.

Violemment accentués par celui des feux stop de la file de voitures qui roulaient très lentement devant moi, ce rouge là flamboyait. Tel un cœur qui palpite ou un flot de sang jaillissant, l’exceptionnalité de l’instant m’a fait penser à vous. Son intensité foudroyante. La renaissance de chacun de ses sens surprend quelque peu, au début de la maladie. Et puis, l’acceptance de ces nouvelles valeurs s’encadre. Doser, qualifier, au risque d’être envahie par la folie. Temporiser ces couleurs qui se transformeraient bientôt en noir absolu. Profiter. La nuit arriverait vite, et je roulais toujours malgré la fatigue qui commençait à me piquer les yeux.

Restant encore transportée par le cycle immuable du soleil, son rythme et sa lumière courbés, j’avais déjà eu le loisir d’observer toute sa splendeur; mais j’ai photographié ce jour là, dans ma tête, l’image qui s’affichait, gravée, éternelle.

Du temps jadis où j’avais eu la chance de découvrir et jalonner quelques pistes rouges des sentiers du Kenya, chaque cellule de cerveau, chaque parcelle et grain de peau, reste lié depuis toutes ces années à l’immensité, de la terre et de son espace. Etonnamment bienveillante à mon égard ce week end, ma jolie concubine m’a laissé profiter de ces quelques heures d’oscillation méritées au profit d’un regain d’endurance.

Les réponses arrivèrent d’elles mêmes par la suite: je pense déjà avoir écrit à ce sujet, dans la balance des prescriptions, valait il mieux rester inerte et enfermée, cloisonnée, confinée, reposée, ou bien se laisser plonger, glisser dans la ferveur du merveilleux au risque de ne plus pouvoir marcher par la suite ? J’ai tenté, ça a fonctionné, hormis le réveil intempestif des crampes survenues le lendemain. Le jeu en valait bien la chandelle. Bénéfice-risque. Revenue depuis lors, des faux semblants de notre environnement, j’ai accepté de témoigner ici des difficultés (handicap ou autre) au prétexte qu’elles ne devraient pas en être. Et de pouvoir, enfin, adopter ce regard éloigné observé par Montesquieu (ps: Lettres Persanes). S’il vous plait, n’y voyez là aucun cynisme, l’audace juste méritée, d’accepter de vivre avec un fantôme à qui je laisse le loisir -parfois- de tenir les rênes. Le jour où l’on fera du  »sur place », elle et moi, on sera mortes. Alors on préfère vivre complètement redoutablement l’instant présent. Bientôt demain.

Le Temps, Qui Consume Tout, Détruira Les Erreurs Mêmes.

 

Montesquieu ; Lettres Persanes (1721)

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