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Écrire délivre, tel un acte militant, il donne le choix du mot et de la tournure escomptée, enrôlée. Active dans la délivrance du message, une phrase, si courte soit elle, s’affranchie -ouvertement si nécessaire- de l’idée qu’elle exprime. Telle une danse virevoltant par delà les pensées, elle permet autant de tendresse que de rage, de colère que de sagesse, écrire soigne les maux, mes maux. Elle revendique et délivre plus que l’acte de langage . Son principal atout restant -originellement- qu’elle puisse se réaliser dans son authenticité et dans le temps. La parole s’envole, les écrits restent, basés, fixés, ancrés.

L’écriture est un tronc fermement enraciné dans la foret des pensées alors que le langage n’en est que la feuille changeante ou tombante au fil des saisons. Universel de part son ralliement systématique à d’autres sens que le sien propre (l’odorat ou la vue: une bouche à regarder s’exprimer dans la plénitude, la conviction ou l’hésitation dans son vocable), la voix demeure passagère, invitée, cerise jetée sur une pâtisserie trop sucrée. Néanmoins, le langage confère une vérité exposée et reste- en ce sens, nécessaire. Plus jeune, j’écrivais un mémoire sur l’évolution des actes de langage des enfants de 2ème ou 3eme génération issus des familles d’immigrés, très représentatifs des transferts générationnels. Parler, écrire ? Les deux.

Aligner les lettres, les unes derrières les autres comme une enfilade de lignes, de courbes, barres et points, retranscrit scrupuleusement un acte de confiance. Cet abandon, s’il doit être nommé ainsi, n’arrive à voir le jour qu’après un long cheminement et un travail complets avec son individualité. De suite, je pense qu’une séance d’écriture automatique me comblerait profondément.

De la texture à la qualité du papier, prendre plusieurs heures de sa vie à laisser glisser la pointe du stylo le long des marges roses d’une feuille blanche patiemment choisie, est un réel acte de plaisir. Envisagé comme tel, je le rebaptiserai même avec entrain. Comme la profession de foi d’une religion qu’on s’évertuerait à bafouer, dans un acte nonchalant de rébellion, jusqu’à en devenir sensuel. Ecrire, grisant mais utopique à la fois, des phrases apposées s’enchaînant scrupuleusement les unes après les autres, souvent dans le but avoué d’ouvrir aux voyages les plus éloignés avec le seul besoin d’exorciser la pensée. Dans n’importe quelle contrée. A sa guise, pour votre guise. Inutile d’en faire tout un roman. Qui comprendra finalement le sens de ces écrits ? Peu m’importe si l’on considère les mots comme un exutoire, lancés au milieu de la nuit, ils fusent tels de luminescentes flammèches, disparues aussitôt au levé du jour. « Ecrire », immuable comme « se souvenir ».

Ainsi désignée, l’écriture est intimement liée aux outils qui lui confèrent sa prestance, militante et engagée, elle ne doit et ne devrait, comme la parole, être assujetties à aucune barrière. Un art à part entière. À aucun moment, contrairement à l’individu, l’écriture ne se montre sournoise ou déplacée. Elle est un acte libre, et en tant que tel, n’a d’obligation que celle d’engager son auteur. L’écriture offre à son lecteur la possibilité d’ouvrir les yeux. Voir et connaitre la vérité.

Alors, pas de SEP aujourd’hui, juste un commentaire de texte; parce qu’en étant devenue sage, à moins que ce ne soit l’expérience de l’âge, le mensonge, la dissimulation, l’emprise ou la malhonnêteté me sont devenues rédhibitoire, intolérable et tous les termes affiliés.

Ecrire, puisqu’ils restent sourds aux paroles, chuchotées, criées. Les lire ouvrira peut être leur conscience. C’est l’une des complexes différences qu’il puisse y avoir avec la musique, d’un acte  »actif imprégné » versus un acte « passif engagé ». Je continue de voler. Je continue de rêver. L’écriture tempère la passion à moins qu’elle ne l’attise, et comme elle, câline l’insomnie.

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