Peggy-la folie

Toute rose, esclaffée de rire, je l’ai trouvée jolie et très apprêtée. Normal, nous attendions de fêter, en ville, les feux d’artifices du 14 juillet. A ces cotés, une joyeuse copine -indéfinissable maintenant-, gloussant au moins aussi fort qu’elle, elles sont passées juste à coté. Furtivement, mais si violemment, que son image m’a explosé au visage. Pailletée et entourée de mille lumières, elle ne m’a pas fait peur au départ. Mais pendant que je continuais de conduire, son faciès restait imprimé dans mon cerveau, et ne voulait plus en sortir. Comment aurais-je pu me douter, à l’époque, qu’il n’en sortirait plus jamais ? Une sombre histoire de couleurs, encore une fois.

Nous avions pris ma petite voiture, sur un coup de tête, pour descendre voir la mer. Royan, et l’océan magique, presqu’infini, ce n’était pas trop loin, à l’époque; quand on est jeune, on roule vite. Trop. Arrivés sur place, un gentil buvard me monta à la tête en quelques minutes à peine, j’ai observé, alors, le plus coloré des feux d’artifices. Chaque éclatement de fusée se soldait par de merveilleux tableaux de toutes sortes (des moulins, des palmiers, des champs, des fleurs). Et le son, je ne vous explique même pas !!! Montée perchée à 3000, la balade qui se déroula ce soir là, dura une nuit complète. Dans les dunes sombres et cachées de la Palmyre, des dizaines de gays se choisissaient, s’échangeaient, s’embrassaient. Et moi, tellement aveuglée, ou étourdie par l’acide, j’observais, sidérée. Lorsque les éboueurs ont commencés leur tournée, je ne savais même plus si l’on se déplaçait à l’aube ou au crépuscule. La lune persistait à faire corps avec le soleil. La nuit était devenue indissociable du matin. Ce n’est qu’à la vue des gendarmes qui s’interposaient, que le soleil m’apparut plus clair. Paradoxalement je compris enfin que le jour venait de se lever.

Ce soir là, sur la route qui menait aux dunes où un semblant de sommeil se profilait, Peggy m’est apparue une nouvelle fois. Elle se moquait. Loin d’imaginer les horreurs qui s’en suivraient, elle m’a fait rire, j’adorais comme elle était fagotée. Robe bouffante à fleur et chignon crêpé. Je n’ai rien oublié. Puis la redescente, morbide dont j’écrivais le déroulé l’autre fois, les zombies sur les cailloux, leurs visages, leurs grimaces et leurs rires mesquins. Tout avait pourtant très bien commencé, les copains, la musique, clean. Et puis quelqu’un à proposé ce truc, sympa, rigolo, qui promettait de démultiplier les sensations. Comme si on en avait vraiment besoin. Pfffff . J’ai joué les notes que je devais. Juste pour l’amour de la musique, même sans savoir lire la partition.

Comme j’ai toujours voulu faire partie intégrante de cette fine équipe, j’ai suivi, sans réfléchir, ou si peu. La notion d’attention et de soin à l’autre n’avait pas lieu d’être à ce moment là. C’était la folie. Toute entière développée dans sa simplicité et son innocence pure. Chacun agissait dans la recherche de son seul bien être. On me reprochait alors de n’être qu’une suiveuse, peut être, et encore maintenant d’ailleurs; mais j’ai toujours pensé ne suivre que les meilleurs. Souvent, les gens qui disent t’aimer prennent un malin plaisir à t’enfoncer pour mieux te regarder dépérir. Puis, tels des semblants de chevaliers, arrivent à point nommé à ta rescousse. Le mensonge et la manipulation sont difficilement détectables tant que l’on n’y est pas confronté. Quelle leçon de vie. Mais, je me suis trompée. A chaque fois . Naïve, n’est-ce pas pourtant la seule qualité qui m’ait permit de me remettre en question régulièrement ? Les Phoenix qui restent au combat, continuent malgré tout de chanter. Voyez.

La première fois, j’ai adoré, en treillis, enjamber les grillages rouillés pour pouvoir enfin accéder au hangar magique d’où s’échappait un son monstrueusement trippant. A l’intérieur, des milliers de personnes, dansant, sautant, s’embrassant, riant, les premières raves en banlieue. Je me sens vielle. J’ai dansé 6 ou 8 heures durant, non stop (j’avais perdu la notion de temps). J’ai appris, cette fois là, tellement de choses, sur moi même et sur les autres. Notamment celle, qu’engouffrée dans mes propres choix, cette histoire se contenterait, pendant longtemps, de me ramener en arrière. Mémoire, jolie mémoire, quels tiroirs vais-je choisir d’ouvrir pour Noël ? Je ne parlerais pas d’elle comme d’une personne à part entière, mais elle m’a ouvert les yeux. Je citerais avec véhémence, toutes les vertus qu’elle m’a permit d’acquérir, tant à force de silences que de traumas: autonomie, compréhension, discrétion, patience, empathie, persévérance, endurance (non, ça je l’avais déjà depuis toute petite). Tous ces préceptes reliés qui ont été éprouvés ultérieurement: le partage, la musique, la drogue, les traitements, l’amour, l’amitié, les dits et les non dits, l’être et le paraitre, la résilience, la confiance; j’accepte désormais que le doute m’anime, tant et si consciencieusement que la sagesse me comble.

Alors, finalement, ou plutôt, pour commencer, troquer quelques heures de danse contre quelques heures des faveurs de l’autre, je me saurais grée du choix. Jolie SEP, si tu pouvais arrêter de jouer avec mon destin s’il te plait. A moins que tu n’aies trouvé à te liguer avec quelques docteurs que ce soit, dis toi bien que je jouais déjà, bien avant de te connaitre ma concubine. Les sons, même à l’IRM, ils me parlent, tu sais bien.

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