dreamcatcher

Depuis toutes ces années, calfeutrer un cerveau permet de le laisser se délier . Comme un ver à soie se nourrit du moindre petit élément nécessaire à son développement, sa vie au sein du cocon, l’homme ou la femme puise chez l’autre l’énergie utile à sa construction.

Consacrer une partie de cette fabuleuse sève à la reconstruction d’un Alpha n’est plus alors un sacrifice, mais une guérison.

« …Et la statue est restée là, bien à sa place, l’immense pierre avec des genoux, avec des plis sur sa tunique, avec son regard perdu et pourtant existant, complètement inhumain et d’une certaine façon humain, d’une certaine façon ou par quelque contradiction statuaire, étant et n’étant pas divine, étant et n’étant pas pierre, sous le croassement des oiseaux noirs, parmi les battements d’ailes des oiseaux rouges, des oiseaux de la foret…Nous ne pouvons nous empêcher de penser aux terribles christs espagnols dont nous avons hérité avec leur plis et tout le reste, leurs pustules et tout le reste, leurs cicatrices et tout le reste, et avec cette odeur de cierge, d’humidité, de renfermé, qui est celle des églises… Ces christs aussi ont hésités entre être des hommes ou des dieux…Pour en faire des hommes, pour les rapprocher de ceux qui souffrent, de la femme en couches et du décapité, du paralytique et de l’avare, des gens d’églises, pour les rendre humains, les sculpteurs les ont dotés de plaies horripilantes et tout s’est transformé en religion du supplice, en pèche et souffre, ne pèche pas et souffre quand même, vis et souffre, sans que tu puisses trouver l’issue libératrice…Ici non, ici la paix est arrivée jusqu’à la pierre… Les statuaires se sont révoltés contre les canons de la douleur et ces Bouddhas colossaux, avec des pieds de dieux géants, ont sur le visage un sourire de pierre qui est paisiblement humain, sans toute cette souffrance…Et il en émane une odeur non de pierre morte, non de sacristie et de toiles d’araignée, mais d’espace végétal, de rafales qui retombent soudain en ouragan de plumes, de feuilles, de pollen de la foret sans fin… »

La solitude lumineuse. PABLO NERUDA

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