collage et tricot

j’ai bien essayé, vers 12/13 ans d’apprendre à tricoter. Enfin, j’ai été légèrement obligée par ma mère. Vous voyez, comme du temps de la génération d’avant, celle où l’on se devait d’appliquer les bonnes manières: savoir coudre, repasser, faire à manger, s’occuper des enfants, accomplir le devoir conjugal j’en passe et des meilleures…….je crois que j’ai sauté quelques étapes, volontairement, j’avoue, j’étais déjà hors contexte. Comment  peut on obliger une personne  à faire des choses qu’elle ne souhaite pas effectuer ? Je m’y suis toujours refusée. Qui m’oblige à obéir ? Je ne devrais pas écrire ça, car je suis censée montrer le bon exemple à mes enfants; néanmoins, c’est ainsi.

Alors, finalement,  je sais à peine tricoter, repasser me soûle et je ne couds qu’en dernier recours. Mais tout ça n’est que du matériel, de la pratique et du savoir faire. Difficile d’envisager perdre son temps avec des taches qui me sont personnellement rébarbatives. Qu’est ce que la réalité ? Celle dont tu rêves ou celle que tu vis ? Peut être que je ne vis que dans mes rêves ceci dit -on m’a dit cela un jour,  était-ce juste et fondé ?- ; mais ces rêves là sont devenus réels aujourd’hui. Pourquoi ne pas se faire confiance ? Je le fais depuis peu, et je me suis rarement trompée, ne jamais avoir de regrets, je l’ai déjà écrit je crois… J’y suis arrivée. Cela me surprend moi même, d’autres fois cela – très rares- cela me déclanche des migraines notables et mon cortex ressemble à Hiroshima.

Partir, chercher, trouver le soleil qu’il me manquait. Réfléchir, bâtir, fonder une activité que je n’aurai pu développer qu’ici. Je déteste la concurrence. Trouver, déployer, entretenir un bonheur. Illusoire ?Laisser s’enterrer là haut, les mornes et pitoyables personnages de ma vie d’avant. Subjectif. Je trouve beaucoup de redondances à me relire, et, en fait, je reconnais que ma vie ne puisse être que basique, ou prévisible, elle est devenue exceptionnelle. Jolie SEP. Loin de moi l’idée de vouloir faire ton apologie. Cependant, certainement de part mon réel problème avec les images, encore elles, celles qui font ressurgir des souvenirs, m’obligent à m’envoler brutalement à chaque fois.  Ma visite à l’hôpital m’a quelque peu bouleversée jeudi. Je m’en remets à peine. Il y a dans cet endroit une espèce de bourdonnement sous-jacent que je trouve terrifiant. Encore plus dans cet hôpital là, tant il est chargé de morceaux de vie que je souhaiterais ardemment oublier.  Normal vous me direz, un hôpital n’est jamais très gai.

Ce qui m’a frappé dès l’entrée, c’est ce hall froid où j’avais passé du temps avec mon ami Jérôme pour la dernière fois l’an passé. Il avait encore la force de me gronder, m’engueuler à ce moment là, juste afin de me confronter avec la réalité, c’était plutôt bon signe; quelques semaines après, j’apprenais sa mort. On avait le même âge. Putain, je ne lui ai même pas dit au revoir, il ne m’a laissé que de jolis souvenirs en tête. Ça aurait été son anniversaire hier, il est toujours dans mes contacts sur mon téléphone, je ne l’oublierai jamais. Le client de l’époque qui nous avait fait nous connaître n’avait même pas daigné envoyer un petit mot de condoléances à sa maman ni même faire mettre une couronne de fleurs sur sa tombe. No comment.  Cet hôpital est aussi celui dans lequel je me suis rendue si souvent pour un ex qui a fini par m’assener de coups et blessures. Rien à ajouter non plus là dessus. J’avais oublié que les souvenirs ne sont qu’une remémoration d’évènements, d’images, de sons, encore une fois. Libre à nous de les laisser s’installer ou de les refouler. Je refoule systématiquement ceux qui me font souffrir. Normal madame la sophrologue ? Ce sont un lieu, une parole, une musique, vifs et furtifs à la fois, qui tentent de s’immiscer dans ma tête, voire s’installer. 1 ou 2 secondes pas plus… faut faire passer.  Facile à dire, facile à faire, c’est l’histoire des tiroirs de l’autre fois. Faut refermer le tiroir contenant les monstres.

Une fois à l’intérieur de l’hôpital, le rdv, la chirurgienne, complètement emmitouflée dans du plastique, m’annonce qu’elle ne pourra rien faire avant février 2021. C’est fou ça. Je vais  devoir attendre. Encore attendre. Je sais bien que je ne suis pas prioritaire au vu de l’actualité mais ça fait déjà 3 mois que j’attends de gérer ce problème. Je suis juste déçue, une fois de plus. Mais ce n’est pas si grave. Relativiser. Juste un peu démotivée, résignée peut être. En sortant, j’aperçois une maman se débattant joyeusement avec son bébé afin qu’il parvienne à mettre ses pieds dans la poussette, ils riaient ensemble, ça m’a fait rire aussi. Il ne m’en fallait pas plus. J’ai souris. Et J’ai commencé à marcher. Vous avez sûrement vu Forrest Gump ? Je pense à lui souvent. Je ne peux plus m’arrêter de marcher. Enfin, pas uniquement dans ma tête j’entends. C’est à ce moment là que m’est arrivé l’idée du tricot. De la laine, des couleurs, les deux aiguilles entrecroisées A ce que je me souvienne, on aligne des mailles les unes sur les autres, une maille à l’endroit, une autre à l’envers et on construis ainsi son écharpe, ou son pull ( uniquement si tu fais preuve d’une dextérité évidente). Ce qui n’est pas mon cas. Hihihi. Les trucs bien rangés, tout alignés, bien droits, c’est pas moi. Moi je préfère le bordel, organisé, mais bordel quand même. Genre les collages. J’ai toujours fait ça, des planches de collage: des photos collées sur des dessins, sur des peintures, rajouter des tickets de métro, agrafer des places de concert, colorier, faire des gribouillis, scotcher des instants….je  m’éloigne du sujet. Besoin de marquer, de signifier, de tracer. Tout ce laïus pour vous parler du souvenir.

On parle toujours des plus beaux, des plus merveilleux, les « inoubliables », les « inaltérables »…Mais qu’est ce qu’un souvenir ? C’est un mot qui nous renvoie systématiquement au passé, non ? Donc à quelque chose de fini, terminé et qui n’aura plus lieu, aussi beau fusse t-il. Du moins dans les mêmes conditions ou le même contexte. Les années ont passées, les temps ont changés, nous sommes censés apprendre de nos souvenirs (des plus beaux aux plus atroces). C’est aussi pour cette raison que j’aime écrire, tu poses tes mots, ta ponctuation, ton point et tu commences une nouvelle phrase. Avec une majuscule s’il te plaît !!! Peut être que je me triture le cerveau sans raison, mais c’est important  d’envisager l’avenir  de cette façon, pour moi, pour nous. Justement pour ne pas reproduire les même erreurs.

Dès lors,  bien que chaque souvenir soit profondément ancré au fin fond de notre âme et de notre corps, c’est à nous seuls que reviens le pouvoir de choisir de les illuminer, ou de les laisser mourir. Les enfouir très loin parce qu’ils font souffrir. Rien de bon ne nait d’un souvenir, simplement parce qu’il fait parti du passé et je ne parle pas de l’Histoire ici; je ne veux pas être nostalgique,  la mélancolie m’engouffre. Rien que d’apprivoiser cette notion  a été un long travail d’introspection. La musique en a été la première impactée. Le passé est révolu. Qui pourrait prétendre le contraire ? Alors, aux souvenirs je préfère l’avenir. Aux cicatrices je préfère les guérisons. Beaucoup plus complexes et soignées.

« Nos souvenirs sont des rots de l’âme à éventer d’un geste ». Frédéric Dard

« Mes plus beaux souvenirs, ce sont ceux du futur ». Salvator Dali

Ces pensées me rassurent, me confortent dans mes choix et guident mes pas. Le bouillonnement perpétuel de mon cerveau me permets de m’enfuir quelques fois. Ce soir, c’était surréaliste: la musique à fond dans la voiture, le silence mortel dehors, personne ni dans la ville ni sur la route un samedi soir à 19h , triste ? même pas. Au contraire. Lorsque je suis arrivée au milieu des champs, en regardant les étoiles, j’avais l’impression d’avoir fait une fugue. Étrange époque. De ça aussi je remercie ma concubine, l’invulnérabilité. Paradoxal ? Pas sûr.

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