tiroirs

Des fois, j’oublie que mon cerveau malade héberge une multitude de petits tiroirs encastrés les uns au dessus, et à côté des autres. Fatalement, les plus enfouis se sont retrouvés oubliés et rouillés par le temps. Lorsque que l’on a que cela à penser, on pourrait d’autoriser à rouvrir les tiroirs qui nous ont fait souffrir. Je ne veux plus commettre cette erreur une nouvelle fois. J’adore avoir vieilli, l’âge vous apporte l’expérience des sages si vous prenez soin d’en prendre les meilleures expériences. Les plus joyeuses autant que les plus dévastatrices.

J’ai bien essayé de rouvrir quelques uns de ces mystérieux tiroirs au gré de certaines de mes insomnies mais les premières images qui m’ont sauté aux yeux ne m’ont vraiment pas plus. D’abord parce qu’elles sont hors contexte dorénavant, ensuite parce qu’elles me renvoient à ma naïveté, trop fière sûrement d’avoir à écrire bêtise.

La confiance aveugle que j’avais en mes parents, l’espoir démesuré que je portais à la notion de mariage, l’écoute sourde que je prêtais à mon ex mari, jusqu’à l’inconscience avec laquelle j’avançais. J’ai immédiatement refermé tous ces tiroirs parce que je pense que la mémoire est, et devrait être, utilisée comme un outil, et uniquement comme tel. Justement pour ne pas avoir à recommencer les mêmes erreurs.

D’où l’intérêt de vieillir et de se servir de ce qui nous a fait souffrir pour, inexorablement, ne plus vivre qu’en s’épanouissant. Je vous avais parlé de ma séance chez ma gentille sophrologue qui m’expliquait que la vie doit, et devrait, se construire comme un jardin. Alors que j’avançais depuis plusieurs années sur une terre en friche, où plus rien ne daignait germer, je n’avais qu’à écouter ma jolie SEP qui , hormis qu’elle soit arrivée là pour se combiner à l’ensemble des manifestations génétiques de mon cerveau ; était certainement la seule graine qui était à même de pouvoir pousser là.

Alors ma sophrologue m’a demandé de continuer à avancer et d’aller jeter quelques graines sur une nouvelle terre vierge. Ce que j’ai fait. Tout à toujours un sens dans la vie. Je le comprends à peine maintenant.

Je continue à semer des graines depuis lors.

Toutes celles qui ont pourri en terre et sont parties à la poubelle , je les aies complétement enterrées. Néanmoins, je continue de semer. Lorsque certaines germent et finissent par fleurir, je suis la plus heureuse du monde. Par exemple, j’ai jeté hier un sac plein de graines pourries, et j’ai refermé cette nuit les tiroirs qui m’encombraient. Tout le monde adore le printemps, moi je préfère l’hiver pour ces raisons là. Je suis une femme du froid, je connais les terres gelées où rien ne pousse, alors, je n’ai pas fait tant de route pour rien.

J’ai hâte d’aller chercher de nouvelles graines à planter. Pour qu’enfin, une nouvelle fois, je prenne le temps de les semer patiemment, les arroser attentivement et prendre un plaisir inébranlable à les voir fleurir le printemps prochain. Je n’ai plus de jardin mais mon balcon est devenu le trésor le plus précieux pour mon cerveau pas si handicapé que ça. Et les quelques cosmos encore fabuleusement en fleurs hier me remplissent d’espoir. J’ai hâte des gelées matinales qui effacent pour recommencer.


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