regards d’enfants

Durant toute leur petite enfance, j’ai pris un soin minutieux à éviter à mes enfants d’être confrontés à la violence, aux injures, à l’ignorance et à la bêtise humaine, afin qu’ils puissent commencer leur vie de façon objective et neutre. Ils sont donc arrivés au CP quasiment vierges d’actualité et de connaissances sur la vie hormis celles des contes pour enfants.

Arrivés en cours préparatoire et confrontés à la sociabilisation avec leur paires, ils ont été éclaboussés par la réalité. J’enrobais systématiquement les horreurs de notre actualité au profit d’histoires édulcorées. Après de longues années de  »couveuse » se retrouver face à la méchanceté gratuite, les a quelques peu forgés. Par exemple, je baissais le son pour les laisser dormir, ils ne regardaient que des dessins animés de leur âge et ne lisaient que des choses précautionneusement choisies par mes soins. Ils sont zen pour le coup, mais restent parfois décalés avec la réalité. Très heureuse que rien ne les effraie, je m’obstine dorénavant à leur ouvrir les yeux, leur expliquer. Tout, et tout le temps. Les profs, dont c’est le métier, se poseront quelques minutes demain afin d’aborder avec leurs élèves, l’histoire de ce professeur décapité. Comment font les parents ?

J’ai toujours voulu prôner le langage entre mes enfants et moi-même. Rien de pire que d’avoir des questions auxquelles personne ne daigne répondre. Si le mal est partout, le bien le contrebalance. C’est physique, il y a toujours un point négatif qui est contré par son positif. Le noir et le blanc. Le Ying et le yang. En grandissant, ils se sont pris quelques réflexions désobligeantes sur leur déconnexion d’avec la réalité. Le ton était donné, j’ai toléré quelques moqueries mais ils me semblais nécessaire de leur enseigner un pas vers la totale autonomie et la différence….puis j’en ai vu les méfaits. À partir de quel âge enseigne t’on aux enfants le partage ? La SEP m’a largement ouvert les yeux à ce propos. Tiraillés quotidiennement par un père dénigrant l’impact de la maladie sur la vie de famille. J’ai dû combattre dès le début pour  »revendiquer » mon handicap. Cela n’aurait jamais dû être dans l’ordre des choses. Bien évidemment. Tout le monde rêve d’une famille aimante et soudée, heureuse et comblée. Est ce que ça existe vraiment ? Sans mensonges ni faux semblants.

Dès ma première hospitalisation, j’envoyais un dessin par jour à chacun de mes enfants. En essayant de leur expliquer, du mieux que je pouvais, avec des mots simples, ce handicap qui était en train de changer ma vie, et un peu la leur aussi simultanément. Leur père disait que je ne ferais plus jamais rien avec eux, que j’étais bonne à rien, alors -qu’au contraire- je pourrais dorénavant m’impliquer personnellement, tranquillement, dans leur éducation. Plus de garderie, plus de cantine le mercredi, une maman en temps partiel thérapeutique octroie presque tout son temps récupéré pour ces enfants. Ça a été la première pierre qui s’est effondrée dans l’édifice familial.

Au lieu d’e me soutenir, le père, s’enfuyait quotidiennement, présentant maintes excuses rocambolesques. Nous laissant seuls hébétés. Un enfant comprends plus qu’il veut bien le faire paraître. Lorsque l’aîné s’est étonné que son père nous délaisse complètement, et lui affirme de but en blanc, ça a flashé dans ma tête. Eux voyaient -si petits soient ils- ce que moi je me refusais d’admettre. On se battaient à trois et non pas à quatre comme cela aurait dû être. Je me suis réveillée. Je devais me battre pour moi mais aussi pour eux. Leur expliquer que je ne pourrai plus jamais faire du vélo avec eux mais que, par contre, je pouvais organiser toutes sortes d’activités manuelles, prendre du temps pour jouer aux petits chevaux ou aux Lego assis parterre tout un après midi. Le père n’a rien trouvé de mieux que d’aller voir ailleurs. J’ai préféré nous protéger, mes enfants et moi. L’important, pour moi, étant d’avancer. La stagnation dans la boue étant mortelle.

La transition a été compliquée et fastidieuse, mais mes enfants ont finalement acquis une maturité qui leur donne un sens de la répartie qui me scotche. Ils protègent et se défendent tout en gardant l’étincelle de leur regard d’enfants. Tracer sa vie en évitant les menteurs et les lâches, promet sans aucun doute de grandir sereinement. Peut être ?

2 réflexions sur « regards d’enfants »

  1. C’est un superbe témoigne, celui d’une mère confrontée à sa propre maladie tout en faisant des choix d’éducation pour ses enfants.
    J’ai également essayé de protéger les miens mais peu à peu, je leur ai expliqué leur environnement, les faits de l’actualité avec des mots qu’ils leur étaient accessibles. Et je pense qu’ainsi, ils seront peut-être mieux armés pour affronter le monde, et vivre tout simplement dans une société qui semble plus violente.

    J'aime

    1. oui, j’espère aussi avoir fait pour le mieux, mais il faut rester attentif, tout va tellement vite

      J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :
search previous next tag category expand menu location phone mail time cart zoom edit close