suspension

les points sont mes préférés , ils sous entendent l’attente, la complicité et envisagent la suite. Moi qui ai longtemps étudié la langue française, j’ai toujours usé et abusé de cette ponctuation, peut être parce qu’elle ouvre la voie à tout ce que l’on désire, ou peut être parce que , justement, on n’est plus très sûre de tout ce que l’on veut énoncer. Ça fonctionne pour chaque sujet: travail, amitié, amour, actualité, santé, utiliser les points de suspension donne à l’autre la possibilité de réfléchir lui même à la question qu’il vient de poser. Tout est interprétable à son avantage autant qu’à son encontre. Ça en devient effrayant. C’est certainement aussi un échappatoire, et j’accuse ceux qui en abusent de les utiliser à mauvais escient.

http://www.la-ponctuation.com/points-suspension.html

Mauvais escient parce que tu n’as toi même pas la réponse à la question que tu viens de poser et tu laisses à l’autre le soin d’imaginer son propre développement et sa propre conclusion. C’est très vicieux. Je suis confrontée à la même problématique en musique: tu aimes la musique que tu écoutes ou bien l’histoire qu’elle raconte et les paroles ? C’est pour ça que je préfère le jazz, tu fais abstraction des paroles, et tu te créées ta propre histoire. Un peu comme un livre et un film. Redonner sa place à l’imagination et au rêve. J’avais un ami qui ne parlait pas et ne communiquait que par SMS , ramené au strict minimum. Un mot et 3 points de suspension. Genre: ça va ?… t’es où ?…., j’arrive….parti……en route….au travail…un véritable cauchemar à suivre, il fallait toujours lui tirer les vers du nez. On a fini par ce fâcher. Comment peut on engendrer une conversation dans ce contexte ? Depuis ma colocation avec ma jolie SEP, je n’écris plus qu’en affirmatif. Car à y bien réfléchir, il n’y a plus de doute à avoir sur rien. T’es malade? oui. Ça ne se voit pas? non. Tu vas bien ? ça dépend. Tu m’aimes ? oui. T’as des projets ? oui. T’as le moral ? oui. T’es désespérée ? aussi. Quel intérêt d’utiliser les points de suspension maintenant ? T’as envie de travailler ? Je ne peux pas. Tu vas guérir ? J’espère. C’est clair non ? Le reste se passe dans la tête, il y a les impondérables et il n’y a ce que moi je choisis de faire, en l’occurrence, mon bien. Genre, j’ai fait une photo de mes pieds pour instagram ce matin, parce que je ne sais jamais trop si, lorsque je me lève, je vais avoir le pied assuré ou pas. Et j’ai rajouté en légende, si je ne faisais pas du sport régulièrement, il faudrait que je tienne les murs pour m’assurer. Ce n’est plus le cas. C’est aussi pour cette raison que j’ai pu arrêter les 2 séances hebdomadaires de kiné. A un moment, on a des résultats. Ça vaut le coup de se battre. C’est pareil pour tout. Ça vous coûte une vie, mais dans la mesure où la SEP elle même vous l’a pris, quel autre choix pourrait on avoir ?

J’ai perdu un mari (ça ne devait pas non plus être la bonne personne pour moi), j’ai perdu mes amis (parce que j’ai du déménager plus ou moins en urgence), j’ai perdu mon métier (parce que lorsque tu es handicapée, tu ne peux plus assurer la rentabilité demandée par ton employeur tellement tu es fatiguée), j’ai perdu ma maison (parce que seule et handicapée, 100 m2 avec étages c’est impossible à gérer), j’ai perdu la proximité de ma famille (parce qu’ils deviennent vieux, et que l’on ne peux pas faire le déplacement aussi souvent qu’on le souhaiterait). Mais je reste et je resterai positive jusqu’au bout. Marche ou crève avait dit, à l’époque, mon médecin à l’annonce de la maladie. Alors je marche. J’avance, encore et encore. La question que je me pose aujourd’hui c’est plutôt, pourquoi je cherche autant à me battre ? J’ai l’impression que j’ai encore des choses à me prouver à moi même. Et puis lorsque l’on est seul, on n’a plus de temps pour réfléchir à son devenir. Ai je fait les bons choix ? Ai je pris le bonne voix ? Des fois j’en veux aux autres de ne pas me suivre dans cette démarche. Je trouve les gens défaitistes et soumis alors même qu’ils ne sont même pas malades. Certes, c’est compliqué de se savoir inutile, mais je me dis que je suis la petit pierre à l’édifice. Quel édifice ? celui de la bienveillance et l’écoute, le partage et l’attention aux autres. Ça me donne l’impression d’être utile à quelqu’un, parce que -lorsque tu as passé toute ta vie à te battre pour ta famille- et que celle ci est complètement disloquée, tu te dis à quoi bon ? Manque de reconnaissance. Un fils qui s’en va pour une année, un autre qui va le suivre d’ici peu , après je fais quoi ? J’attends la mort ou je monte encore de nouveaux projets ? Pour qui ? Pour quoi ? Est ce que ça sert à quelqu’un ou c’est juste pour me faire du bien ?

J’ai l’impression d’avoir un volcan dans ma tête, trop d’idées, partout, tout le temps et moi je ne peux qu’écrire. Ou transmettre mes mots, c’est frustrant. Je voudrais aller manifester, gueuler, protester, me battre pour nos droits, pour notre planète, pour nos animaux, mais je vais aller où avec mon petit kilomètre d’autonomie ? Ça me mets en colère. Je voudrais pouvoir partir en sachant que j’ai apporté du bien autour de moi, que je vais manquer à certaines personnes. J’attends toujours des preuves de tout, j’ai toujours été comme ça. Je travaillais bien à l’école, juste pour avoir la joie de recevoir une bonne note en retour. J’écris pour qu’on me lise comme un musicien joue pour qu’on l’écoute. Seul on n’est rien si l’on ne peut élever l’autre, l’amener à réfléchir, et se positionner. Ou bien est ce l’autre qui me magnifie ? Cette problématique est bien la seule qui puisse être à l’origine de mon titre: suspension.

Je suis pour toi quand tu es à moi. Je vous donne si vous me rendez. Nous marchons tous dans une espèce d’osmose évidente, mais si l’un d’entre nous rompt le lien, la chaîne humaine n’existe plus. On reste dans l’abandon. Quelqu’un m’a dit un jour, « seul on a toujours raison », mais quel intérêt d’avoir raison si tu n’as personne pour confronter tes idées ? Rien que pour ça, je continuerai, simplement pour montrer à ceux qui n’y croient pas que: oui, on peut avoir envie de vivre, même handicapé , oui, les traitements nous aident dans notre quotidien, oui, tu t’es fais frappé et violenté par tes ex mais tu peux te relever, oui tu vis seul mais il y a toujours quelqu’un qui t’envoie un « bonjour » le matin, une bonne nuit le soir. Oui je me pique tous les jours, mais j’arrive à en rire maintenant et quand mon pote atteint du sida me traite de junkie, on en rigole ensemble. C’est pas grave, on regarde juste la vie avec nos sens en éveil puissance 10.

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